Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 20:34
    Cet ouvrage est un recueil regroupant trois conférences données par Joan.W.Scott, historienne du genre et du féminisme, aux Etats-Unis entre 1989 et1999 et traduites par Claude-Servan Schreiber. Joan.W.Scott y défend une écriture critique de l’Histoire, invite à interroger les catégories (en particulier identitaires) utilisées par les historiens, ainsi qu’à soumettre à la critique les présupposés et fondements de l’écriture de l’Histoire telle qu’elle est pratiquée. 


   
La première conférence, intitulée « L’Histoire comme critique » (pp.13-63), débute par la description des attaques menées par les historiens américains contre le post-structuralisme, de leur apologie en faveur d’une pratique orthodoxe de l’Histoire, caractérisée par le culte de l’empirisme et de l’analyse quantitative, et par le refus des réflexions théoriques au nom de l’autonomie du sujet comme acteur de l’Histoire. Si le rejet du post-structuralisme est défendu par des historiens qui se situent dans la mouvance politique conservatrice- le refus de la « théorie » et de la critique étant conçues comme un antidote au ‘’gauchisme’’- l’intérêt des analyses de Joan.W.Scott est de montrer que c’est également le cas d’historiens marxistes pour qui les analyses anti-essentialistes de la « classe ouvrière »- ayant mis en évidence la pluralité des rapports de pouvoir traversant celle-ci- auraient contribué à l’échec du mouvement ouvrier. En s’appuyant sur les œuvres de Marx, Nietzsche, Adorno, et surtout de Foucault, Joan Scott entend par conséquent réhabiliter une écriture critique de l’Histoire. Elle appelle à l’historicisation des catégories et des concepts, à commencer par les catégories tenues pour transcendantales et anhistoriques (telle la raison). Des analyses de Foucault (qui, au travers de ses travaux sur la folie, a montré comment la mise en quarantaine de celle-ci a contribué à construire la place de la raison dans la définition de l’homme par lui-même), elle retient l’importance du rôle tenu par la différence et de l’exclusion dans la construction du sens.

   Dans la seconde conférence- « l’évidence de l’expérience »- Joan.W.Scott nous livre une contribution stimulante à une pratique critique de l’Histoire. Elle procède en effet à la déconstruction d’un des présupposés fondationnels de l’Histoire politique: l’idée que c’est dans l’expérience vécue et partagée par des agents (comme celle des injustices et de la domination), qu’il faut trouver une explication à leur émergence comme catégorie identitaire et politique- qu’il s’agisse des catégories de ‘’femmes’’, ‘’d’homosexuels’’, de ‘’colonisés’’, etc. Au lieu de traiter les catégories comme le résultat d’expériences partagées qui leur préexisteraient, elle invite à les tenir pour des « événements discursifs » (p.14). Refusant le présupposé d’une antériorité de l’expérience par rapport aux mots, elle montre qu’il faut considérer que c’est au travers du langage que les sujets et les groupes se constituent comme tels, qu’il faut s’attacher à examiner les conflits entre les différents systèmes discursifs, et à analyser l’émergence des catégories identitaires et politiques comme le résultat (contingent), du rapport de forces entre plusieurs systèmes discursifs. Enfin, dans la troisième conférence, elle s’intéresse aux modalités de constitution de l’identité collective. En s’appuyant sur l’exemple des mouvements féministes, elle montre comment une identité collective peut émerger : autrement dit comment, en dépit de la différence des objectifs et de la variation des situations sociales et historiques, l’identification ‘’femmes’’ a pu être possible.

     L’ouvrage de Joan.W.Scott présente de nombreux intérêts, quoique parfois limités par la volonté de l’auteur d’opérer un déplacement complet des modes de questionnement dominants. Il offre d’abord un aperçu des débats historiographiques contemporains aux Etats-Unis. Il fournit des pistes expliquant les résistances à l’élaboration d’une Histoire critique ; Il invite à interroger des modes de construction de l’Histoire au départ relativement subversives- telles celles des women’s studies- mais qui, faute de s’interroger sur les catégories utilisées elles-mêmes, sont en passe de devenir des ‘’traditions’’ et d’être intégrées dans l’Histoire classique. En effet, l’un des points intéressants soulevés par Joan.W. Scott est que si l’Histoire féministe ou celle des femmes s’est attachée à décrire les changements des conditions de ces dernières, et leur variabilité à travers le temps, la catégorie ‘’femmes’’ n’en est pas moins posée comme allant de soi, comme si seul son contenu avait subi des modifications. Toutefois, on peut se demander si en réhabilitant l’importance de la dé-nomination -trop souvent négligée par les historiens-, dans la construction sociale et politique des groupes, Joan.W.Scott ne tord pas un peu trop le bâton dans l’autre sens, en conférant au langage un pouvoir excessif et autonomisé, relativement, à celui (laissé de côté), des conditions objectives d’existence ainsi que du vécu des agents.

    Enfin, en faisant le plaidoyer d’une Histoire qui historicise ses catégories ainsi que les rapports de pouvoir, cette contribution veut offrir la possibilité d’une déstabilisation de ces derniers, sans pour autant (ce dont Joan.W.Scott se garde) de rien prescrire en ce sens. Cependant, les rapports de pouvoir sont presque uniquement vus au travers du prisme du langage, et sont donc quelque peu réduits à des conflits entre ‘’systèmes discursifs’’, sans prendre en considération les groupes (mobilisés ou non), en tant qu’ensemble d’agents partageant certaines caractéristiques, à la fois objectives et subjectives. Par ailleurs, l’intérêt politique que présente une déconstruction et une historicisation permanente des catégories est davantage posé comme allant de soi que démontré, comme si la raison scientifique et la raison politique étaient identiques. On peut en effet se demander si, bien qu’elle contribue à dénaturaliser les groupes (de ‘’femmes/hommes’’, de ‘’Noirs/Blancs’’, ‘’homosexuels/hétérosexuels’’, etc.) et donc à en dévoiler le caractère arbitraire (et politique), l’opération de déconstruction est utilement transposable dans le cadre de la construction de rapports de forces politiques moins défavorables. Les groupes dominés (qu’il s’agisse des ouvriers ou des femmes par exemple), pour se mobiliser et être reconnus en tant que tels, ont-ils d’autre choix que d’y œuvrer en mettant l’accent sur une identité découlant, au moins en partie, par le partage de certaines expériences (celles de la domination et des injustices), de s’inscrire dans une tradition de luttes et de résistances passées, et de courir le risque de réifier- au moins temporairement- le groupe ? Or ce sont là autant de modalités contradictoires avec les caractéristiques de l’Histoire critique que Joan.W.Scott appelle de ses vœux.

Abir Kréfa

Lien : http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=5868&var_recherche=joan+scott

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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 20:30

   A la fois synthétique et précis, relativement court mais dense, cet ouvrage se situe dans le prolongement des recherches antérieures de Johanna Siméant. C’est au travers de ses travaux sur les mouvements de sans papiers[1], où la grève de la faim constitue depuis les années 1970 un des moyens privilégiés de la politisation des revendications- du « droit d’avoir des droits »[2]-, qu’elle a été amenée à s’intéresser à cet objet. Toutefois, l’ouvrage ne se réduit pas (bien que cet exemple soit amplement mobilisé) à une analyse de la grève de la faim dans les mouvements de sans papiers ni même plus généralement aux groupes à très faibles ressources. Sur la base d’observations participantes effectuées dans les mouvements de sans-papiers et de réfugiés, mais aussi sur des documents écrits, il s’appuie sur des exemples extrêmement divers, où la grève de la faim est utilisée de façon collective : dans les mouvements anticolonialistes (en Irlande depuis les années 1920, pendant la guerre d’Algérie dans les années 1950-60), féministes (chez les ‘’suffragettes’’ britanniques au début du 20ème siècle), dans les groupes d’extrême-gauche (en Italie et en Allemagne dans les années 1970), mais aussi dans les « institutions totales »[3] (prisons et camps de concentration notamment). Il puise également dans des cas où le recours à ce moyen de protestation se fait de façon individuelle : grève de Roland Veuillet[4] ; celles, répétées, du député radical italien Marco Pannella ; celle de l’activiste mapuche Patricia Tronsoco au Chili, etc.

  
     Le premier chapitre retrace l’émergence historique de la grève de la faim comme moyen d’action protestataire. Après avoir montré ses affinités avec le jeûne religieux, en ce qu’ils sont associés à des valeurs similaires- celles de la maîtrise de soi et de l’exemplarité morale
- Johanna Siméant insiste également sur ce qui l’en différencie : contrairement à la grève de la faim, le jeûne religieux ne se situe pas dans une logique de rapports de force (il n’implique pas la confrontation avec un adversaire extérieur à soi-même) et ne revêt pas les formes les plus sacrificielles. Par ailleurs, alors que le jeûne religieux apparaît comme une pratique ancienne, prônée par la plupart des religions (judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme et hindouisme) ce n’est qu’au cours du 20ème siècle que le jeûne a pu revêtir un caractère protestataire, avec deux exceptions notables : Johanna Siméant relève ainsi que son usage en milieu carcéral remonte au Moyen-âge, mais elle attire aussi l’attention sur les « jeûnes de ‘’remontrance’’ »[5], en particulier dans l’Inde ancienne et en Irlande. Trois moments sont reconstitués par Johanna Siméant, où cette pratique est associée clairement à des revendications politiques : la mobilisation de ce mode d’action au début du 20ème siècle par les anticolonialistes irlandais et les ‘’suffragettes’’ britanniques; les nombreuses grèves effectuées par Gandhi, qui seraient selon elle à l’origine de sa diffusion et de sa réappropriation et enfin, sa banalisation à partir de la fin des années 1960. Dans le chapitre suivant, Johanna Siméant pose la question du dénombrement des actes contestataires et de sa difficulté, dans la mesure où contrairement aux grèves ‘’classiques’’, il n’existe pas ici de préavis officiel : les seules grèves de la faim relativement bien répertoriées sont celles qui se déroulent en prison parce qu’elles sont recensées par l’administration pénitentiaire. Elle passe ensuite en revue les différentes ressources permettant donc de fournir non une approximation, mais une limite inférieure du nombre de grèves de la faim : presse locale et nationale, internet, etc. Quoique largement insuffisantes, ces données lui permettent toutefois de mettre en évidence la routinisation progressive de ce mode d’action protestataire.

    Après avoir réfuté les lectures (ou les stratégies de délégitimation) qui en font une pratique ‘’irrationnelle’’ ou ‘’pathologique’’, Johanna Siméant resitue ce mode d’action dans l’espace des possibles protestataires. Reprenant la notion désormais classique de ‘’répertoires de l’action collective’’[6], elle analyse la grève de la faim de façon relative aux autres modes de protestation. Il s’agit ainsi d’un moyen couramment privilégié dans les contextes de rareté des espaces et des moyens de la contestation (c’est le cas des dissidents politiques dans les Etats autoritaires). C’est le cas aussi de ceux qui, étrangers, sans-papiers et réfugiés ou nationaux mais de fait non reconnus comme tels (comme les harkis), sont privés de citoyenneté et pour lesquels le recours aux formes ‘’classiques’’ de la protestation (grèves, manifestations, etc.) peut être bien plus coûteux. L’intérêt de ses analyses est également de replacer la grève de la faim dans une perspective diachronique de la contestation: elle montre ainsi que dans le cas des sans-papiers, celle-ci précède souvent des formes plus conventionnelles, comme les manifestations, les premières ayant pour objectif de diminuer le coût des secondes. Toutefois, loin de constituer le monopole des groupes à faibles ressources, la grève de la faim peut être, à l’inverse, mobilisée par des individus (ici, plus souvent que des groupes) qui disposent d’un capital symbolique important, l’intérêt de l’ouvrage étant de relier les caractéristiques sociales des jeûneurs à celles des ‘’causes’’ ou des revendications. Moyen de déstabiliser les rapports de force avec l’autorité (que celle-ci soit incarnée par une instance étatique ou, à une échelle plus microsociologique, par un patron), le jeûne protestataire n’est cependant pas analysé comme un simple face-à-face entre les grévistes et leurs adversaires. Ce sont cinq acteurs qui peuvent y être impliqués : les jeûneurs et l’instance détentrice de l’autorité, mais aussi le comité de soutien, les médias et les médecins. Pour ces derniers, Johanna Siméant montre ainsi le rôle des hospitalisations, des diagnostics et certificats médicaux dans la dynamique des rapports de forces entre les grévistes et leurs adversaires.

    Au final, cet ouvrage intéressera bien sûr les politistes et les spécialistes des formes protestataires de l’action politique, mais aussi les sociologues du corps[7], et- quoique plus secondairement- ceux des médias et de l’expertise. Toutefois, étant donnés le format ainsi que le langage utilisé (lequel est relativement intelligible par des non-spécialistes), il peut être lu par un public plus large (qui pourra comprendre des militants, et ceux qui, plus globalement, s’intéressent aux formes de résistance au pouvoir).


Abir Kréfa

Lien: http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=6099&var_recherche=johanna+sim%E9ant

[1] SIMEANT Johanna, La Cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998.

[2] SAYAD Abdelmalek, La Double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré. Seuil, 1999, p.324.

[3] GOFFMAN Erving, Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Les Editions de Minuit, 1968.

[4] Conseiller Principal d’Education dans un lycée de Nîmes et adhérent du syndicat SUD, il entame une grève de la faim en 2004 pour protester contre sa mutation-sanction à Lyon consécutive à un conflit qui l’a opposé au principal de son établissement au sujet de la disparition du statut d’aide-éducateur et de surveillant.

[5] Ainsi en est-il de la privation de nourriture comme menace de suicide brandie par des créanciers qui ne parviennent pas à se faire rembourser par leurs débiteurs, en particulier lorsque ceux-ci appartiennent à un groupe social dominant relativement au leur. (p.13).

[6] TILLY Charles, La France conteste. De 1600 à nos jours, Paris, Fayard, 1986.

[7] Ceux-ci pourront se reporter en particulier au chapitre III, où sont analysés « les sens d’une violence faite au corps » (p.39-56).

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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 20:20
J'ai retrouvé sur une vieille disquette des fichiers qui datent de ma préparation à l'agreg de sciences sociales. Comme à l'époque (en 2004-2005), la préparation de l'épreuve de ''leçon'' avait lieu dans une salle de la Sorbonne où le nombre d'ouvrages qu'on pouvait consulter, qui ne remplissait pas une petite armoire, était très limité, il fallait bachoter sur divers objets et auteurs...

Abir Krefa
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 20:07

Déf. : âge = durée écoulée entre la naissance d’un individu et une date donnée.

D’emblée une dimension biologique et sociale (l’âge comme construit social). Pour R. Rémond et A. Percheron, Age et politique, l’âge comme variable la plus objective avec le sexe (elle s’impose aux individus, on peut difficilement en changer) et en même temps un construit éminemment social (les définitions de l’âge et le découpage de la vie en différents âges varient dans l’espace et le temps ; valence différentielle des âges selon les sociétés et les époques).

 

Question : âge comme variable explicative pertinente, cad ayant un effet propre permettant de rendre compte de faits sociaux (des manières d’agir, de penser, de sentir, selon la déf durkheimienne, Les  Règles) ? Est-elle plus pertinente que d’autres variables traditionnelles telles que le genre, la PCS… ? Quel présupposé/ conception de la société et/ou de l’individu le maniement prioritaire d’une telle variable sous-tend-il ?

Aspect statique : rendre compte des cpts, valeurs et opinions à une date t selon les âges

Aspect dynamique : âge comme indicateur de changements macro (changements à l’œuvre dans la société, conflits de générations…)

  

I. Age, attitude, opinion et changement social

 

1/ les effets propres de l’âge

 

idée que la vie est un cycle comportant des périodes fondées sur une combinaison de contraintes biologiques et d’assignations institutionnelles et sociales.

- rôles et statut différents selon les âges ; cf les modes de socialisation des enfants par exemple. Cf J. Piaget et les étapes du dvpt de l’enfant et de l’apprentissage des rôles (ref à préciser)

- effets propres de l’âge sur les pratiques. Ex : la sociabilité ; cf Forsé, la sociabilité, Eco et stat, 1981 ; cf O. Galland, Sociologie de la jeunesse ; cf. Blanpain et Pan Ke Shon « à chaque étape de la vie, ses relations », Donnée sociales, 1999 ; des mêmes auteurs, « la sociabilité des personnes âgées », Insee 1ère, 1999. -> volume et forme de la sociabilité évoluent avec l’âge : sociabilité moins dense et plus tournée vers la famille avec l’âge. Jeunesse comme période d’intense sociabilité selon Galland (café, concert, sorties….).

autre ex d’effet propre de l’âge sur les pratiques : le comportement politique. Cf. R. Rémond et A. Percheron, op. cit. : les jeunes vont moins voter que les vieux ; creux des taux d’inscription sur les listes électorales entre 20 et 24 ans : liée non pas à un désintérêt de la chose politique par les jeunes, mais à une période d’instabilité professionnelle, géographique, affective…

 

2/ âge, consommation et redistribution

 

- modèle du cycle de vie de Modigliani (les 4 phases : épargne négative au début de l’entrée de la vie active ; puis remboursement des prêts ; accumulation de la richesse en fin de vie active car moindres dépenses du fait du départ des enfants du foyer, etc. ; conso et désépargne chez les retraités)

- rôle spécifique de chaque classe d’âge (ou génération, au sens généalogique) dans l’entraide au sein de la famille élargie. Cf. C. Attias-Donfut, « Les solidarités entre générations » Données sociales, 1996. ex : transfert d’argent des vieux vers les jeunes, à rebours des transferts opérés par l’Etat-providence via le système de retraite par répartition, tandis que les jeunes sont à l’origine de transferts symboliques, affectifs.

 

3/ âge comme opérateur systémique permettant de penser les changements/conflits à l’œuvre dans la société

 

- Mendras, La seconde révolution française : la jeunesse s’allonge sous le double effet de la politique de démocratisation scolaire et de la crise ; la vieillesse, ou « classe de loisirs » apparaît grâce à la mise en place de l’Etat-providence et de la généralisation de l’accès aux retraites dans l’après-guerre, avec la disparition  de « quart monde », de l’allongement de l’espérance de vie.

- question d’une guerre entre les âges : débat sur le jeunisme, la célébration de l’enfant-roi au sein de la famille -> remis en cause par De Singly, Enfants adultes ; vers une égalité de statut, 2004 : pas d’enfant roi au sein des familles, mais la famille contemporaine devient plus démocratique et accorde une place égale aux adultes et aux enfants, tout en reconnaissant la spécificité de chacun des statuts.

  

II. Question de la pertinence de la variable âge

 

1/ effet d’âge/effet de génération/ effet de période

 

à partir de l’exemple du suicide :

Durkheim, Le suicide : on se suicide plus en vieillissant

Chauvel, Le destin des générations : évolution de la courbe des suicides vers une courbe bimodale, cad fort taux de suicide vers 40 ans et chez les vieux. Effet d’âge pour les vieux, et pour les quadragénaires (et plus globalement pour les générations nées après 1950) effet de recomposition du cycle de vie sous l’effet de la crise : remise en cause du compromis social keyneso-fordiste, situation moins favorable que celle des parents…. Refus d’une explication « générationnelle-culturaliste » selon Chauvel (cad génération 68 anomique, manque de repères structurants…)

Cf aussi Baudelot Establet, Avoir trente ans en 1968 et en 1998

 

2/ âge et classes sociales

 

cf Bourdieu, « la jeunesse n’est qu’un mot ». une catégorie vide de sens qui regroupe des situations très hétérogènes (le fils de prolétaire qui travaille depuis 16 ans, et le fils de bourgeois qui étudie).

Réutiliser aussi Attias Donfut (redistribution différentielle selon et selon la classe sociale), Rémond et Percheron (vote des vieux souvent assimilé à un vote conservateur : non pas l’effet de la vieillesse, mais de la surreprésentation des femmes bourgeoises catholiques parmi les personnes âgées), etc.

-> difficulté d’isoler l’effet âge des autres effets. Piège de l’apparence d’objectivité

 

3/ âge et genre

 

reprendre les études sur la sociabilité par exemple, ou la sexualité (Bozon) : les expériences sexuelles se diversifient au fil de la ,vie mais n’empêchent pas le maintien d’une forte dissymétrie de genre dans les rapports amoureux. Ex : les vieux : plus forte chute des rapports sexuels chez les femmes que chez les hommes seuls à âge égal.

 

 III. L’âge comme variable à expliquer

 

 1/ « la production sociale des âges » , M. Halbwachs, Morphologie sociale, 1938

 

un ex : P. Aries, L’ enfant et la vie familiale sous l’Ancien régime : invention de l’enfance à la fin du 17è s. avant, l’enfant était considéré comme un adulte en miniature. Lié au dvpt de la famille bourgeoise.

L’anthropologie permet de mettre au jour les ressorts de la construction sociale des âges. Cf Van Gennep sur l’importance des rites de passage pour marquer l’entrée dans les différents âges de la vie. Un ex : Godelier, La production des grands hommes : les rites chez les Baruya en Nouvelle Guinée : environ 10 ans de ségrégation sexuelle des garçons pour fabriquer des hommes, contre qq semaines d’initiation chez les filles.

Dans nos sociétés contemporaines, enjeu social de la définition des âges ; lutte de classement (Bourdieu). Rémond et Percheron soulignent  le rôle des politiques publiques (retraite, politique éductaive…) et du droit (définition de la majorité, …) dans la définition sociale des âges. Un moyen de contrôle pour l’Etat.

 

2/ une catégorie de sens commun à déconstruire

Rémond et Percheron : le pb des sondages d’opinion et des catégories statistiques utilisées. En effet, souvent découpage en 5 classes d’âge 18/24, 25/34, 35/49, 50/64, 65 et + pour rendre compte des comportements et opinions politiques. Or ce découpage qui correspond à une logique philosophique (les âges de la vie) et statistique (besoin de former des classes d’âge équivalentes) ne permet pas considérer les âges véritablement décisif en matière de cpt pol : 38/46 ans. De plus, avec l’apparition du 4è âge, la categ 65 et + semble avoir perdu de sa pertinence.

D’où categ à manipuler avec précaution, d’autant plus que apparence d’objectivité.

  

 

 

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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 20:03

Ernest Gellner, Nations et nationalisme, 1983, 1989 pour l’édition française.

 

 

« C’est le nationalisme qui crée les nations

                                                                                                                      et non pas le contraire »

 

I-                   Définitions et thèse de l’ouvrage.

 

*Nationalisme : « le nationalisme est essentiellement un principe politique qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes ». Il s’agit d’une théorie de la légitimité politique qui exige que les limites culturelles coïncident avec les limites politiques.

*Etat : dans le cadre de la division du travail, l’Etat est l’instance spécialisée dans le maintien de l’ordre. Dans la mesure où les sociétés sans Etat ne se posent pas la question de savoir si les frontières de celui- ci sont congruentes avec les limites de la nation, le problème du nationalisme ne peut se poser que dans les sociétés dotées d’un Etat. Cela ne signifie pas pour autant que le problème du nationalisme apparaisse dans toutes les sociétés dotées d’un Etat.

*Nation : c’est seulement après s’être interrogé sur les conditions d’émergence du nationalisme que Gellner donne une définition de la nation qui entend se démarquer tout à la fois des conceptions volontariste et naturaliste. Cf plus loin.

 

Thèse de l’ouvrage : le nationalisme n’est pas un effet de l’existence des nations, la manifestation du « réveil » d’une nation qui prendrait conscience d’elle- même et qui lui préexisterait. Ce sont les nations qui sont le produit du nationalisme.

 

II-                Le nationalisme comme l’adaptation fonctionnelle aux transformations issues du passage des sociétés de l’âge agraire à l’âge industriel.

 

  Le nationalisme appartient pour Gellner résolument à l’âge moderne et résulte des conséquences directes de l’industrialisation et de l’urbanisation. Les sociétés industrielles sont tournées vers l’impératif productiviste, mues par le désir d’accumulation et de progrès continus. La fluidité et la mobilité (géographique et sociale) des individus sont essentielles au fonctionnement de telles sociétés.

   L’organisation du travail industriel, la division du travail et la rationalisation des activités sociales, la fluidité et la mobilité exigent la possession d’une même langue et l’alphabétisation généralisée. Les sociétés modernes ne peuvent par conséquent fonctionner sans un système scolaire diffusant une culture homogène. Une telle tâche ne peut être assurée que par une organisation dotée de moyens financiers suffisants, mais aussi de la légitimité à édicter les normes et à définir les standards cognitifs. Seul l’Etat peut remplir un tel rôle.

  Voilà pourquoi le nationalisme apparaît dans la phase de transition de l’âge agraire à l’âge industriel : au cours de cette phase, l’adéquation entre les limites culturelles et les limites politiques, qui n’était pas indispensable à la survie des sociétés agraires (faible division du travail, faible mobilité, auto- suffisance), devient essentielle à celle de la société industrielle.

Par conséquent, Le nationalisme (principe : un Etat- une culture) ne s’explique ni par l’idéologie, ni par la psychologie, et ne renvoie pas à quelque archaïsme de l’âme des peuples ou des individus.

 

   La période de transition de l’âge agraire à l’âge industriel est par marquée par un certain nombre de turbulences et de réajustements. La satisfaction de l’impératif nationaliste se traduit en effet par une modification des limites politiques ou culturelles, ou des deux à la fois. Dans la mesure où les dirigeants sont toujours réticents à céder des territoires, dans la mesure où un changement culturel constitue très souvent une expérience douloureuse, dans la mesure enfin où la phase de transition est marquée par des rivalités politiques pour contrôler les populations, un certain nombre de violences éclatent au cours de cette période.

 

III-             Liens entre éthique protestante et nationalisme :

 

   Le nationalisme n’est pas pour Gellner toujours le produit exclusif de l’industrialisation. Il peut présenter des affinités avec les mouvements réformateurs.

Exemple 1 : l’importance accordée par la Réforme à l’écriture et au scripturalisme, le combat mené contre un clergé monopolistique (il s’agissait, comme le notait Weber de l’universalisation du sacerdoce plutôt que de son abolition), son esprit individualiste et ses liens avec les populations urbaines mobiles ont constitué une préfiguration des attitudes et des traits sociaux qui produisent la période nationaliste.

Exemple 2 : les progrès des mouvements réformateurs dans le monde arabo- musulman au cours de la fin 19ème- début 20ème, que Gellner appelle une « sorte de protestantisme islamique ». Ces mouvements mettent eux aussi l’accent sur le scripturalisme, sont particulièrement hostiles à l’encontre des intermédiaires locaux entre Dieu et les hommes, intermédiaires qui occupaient une place importante dans le monde musulman prémoderne.

 

IV-             Qu’est- ce- qu’une nation ?

 

   Gellner commence par réfuter l’argument du « précédent » selon lequel le nationalisme n’est que le « réveil » d’une nation qui lui préexiste : alors que le nombre de langues recensées par les linguistes s’élèvent à pas moins de 8000, le nombre des Etats dans le monde n’est que de 200. Si on ajoute à ce dernier chiffre le nombre de mouvements nationalistes et qu’on lui retranche le nombre d’Etats qui ne correspondent pas aux critères du nationalisme (adéquation entité politique/culture), on obtient un chiffre qui n’excède pas 200. « Que faut- il en conclure ? Que pour chaque nationalisme qui a, jusque- là, dressé sa tête hideuse, il y en a encore neuf qui attendent en coulisses ? Qu’il faut multiplier par dix les bombardements, les martyrs, les transferts de populations et je ne sais quoi de pire encore, qui ont, à ce jour, frappé l’humanité ? Je ne le pense pas ».

   Ni le consentement, ni la culture commune ne sauraient suffire à définir la nation. Le critère de la volonté (argument dirigé contre la thèse de Renan) est trop peu discriminant et ne saurait distinguer la nation des autres groupes d’appartenance qui sont eux aussi fondés sur le consentement. La nation ne saurait être non plus définie en fonction de la culture commune. L’histoire de l’humanité est et continue d’être riche en différenciations culturelles.

   Dès lors, « il n’est possible de définir les nations qu’en fonction de la période nationaliste..Il serait faux de dire que l’âge du nationalisme est une simple addition du réveil et de l’auto- affirmation politique de telle ou telle nation. Mais il faut plutôt dire que quant les conditions sociales générales conduisent des masses entières de population vers de hautes cultures standardisées, homogènes, soutenues par le pouvoir central, et non pas les seules élites, il apparaît une situation où le système éducatif sanctionne et unifie des cultures qui représentent presque le seul type d’unité avec lequel, souvent avec ardeur, les hommes veulent s’identifier. Il semble alors que les cultures soient les dépositaires naturels de la légitimité politique. Ce n’est qu’à ce moment- là que tout franchissement de leurs limites par des unités politiques fait scandale. Dans ces conditions et seulement dans ces conditions, on peut réellement définir les nations d’une part en fonction de la volonté et de la culture, d’autre part en fonction de leur convergence avec les unités politiques ».

 

   La culture et la nation sont des inventions de l’Etat élaborées au cours de la période nationaliste. Tout en reconnaissant que « le nationalisme utilise les cultures héritées et préexistantes », tout en notant que les nationalistes se réclament d’une culture traditionnelle, d’un Volk, Gellner tourne résolument le dos aux théories primordialistes. Si l’Etat peut faire revivre des langues mortes, la culture nationaliste n’en reste pas moins une « invention assez arbitraire de l’Etat » ; elle est même « sa propre invention ». Lorsque le nationalisme se manifeste contre une haute culture étrangère, les nouveaux dirigeants au pouvoir ne la remplacent pas par une culture locale, mais par une autre haute culture.

Il s’agit donc de ne pas prendre les mouvements nationalistes « au mot », de mettre à jour les processus de légitimation de la nation. Les nationalismes naturalisent la nation et prétendent donner une existence politique à une nation préexistante alors qu’ils créent la nation et sa (nouvelle) culture. « Le nationalisme n’est pas ce qu’il paraît être et, surtout, il n’est pas ce qu’il se paraît être à lui- même ».

   D’où le caractère crucial de la socialisation politique des citoyens mise en œuvre par l’Etat. C’est elle qui produit la nouvelle culture donnant aux citoyens leur propre identité. Gellner métamorphose la notion de consentement dont Renan s’est fait le porte parole : « Renan avant raison. On se trouve bien en présence d’un plébiscite permanent, d’un choix plutôt que d’une fatalité…Mais ce choix a lieu, non pas à chaque jour peut- être, mais à chaque rentrée des classes…Il est essentiel que chaque citoyen apprenne à l’école primaire le langage standardisé et centralisé et qu’il oublie, ou du moins qu’il dédaigne, le dialecte qui n’est pas enseigné à l’école ».

   A l’âge nationaliste, les sociétés se vouent un culte à elles- mêmes, mais pas à travers le religieux[2]. C’est ouvertement qu’elles se vénèrent elles- mêmes. A Nüremberg, l’Allemagne nazie ne s’est pas vénérée en prétendant adorer Dieu ; elle s’est adorée elle- même ouvertement. Le nationalisme appartient par conséquent incontestablement à la modernité.

    Que les nationalistes inventent la nation et la culture ne signifie pas que le nationalisme soit un produit contingent et artificiel. Il est au contraire intimement lié aux nécessités de la vie moderne. Le nationalisme a « des racines enfouies très profondément dans notre condition commune contemporaine ».

 

 

V-                Une typologie des nationalismes.

 

Gellner distingue 3 types de nationalismes :

*« Habsbourg classique » : les nations sont construites à partir des empires supranationaux. C’est le cas des revendications nationalistes dans les pays d’Europe centrale et balkanique.

La revendication nationaliste naît lorsque des intellectuels appartenant à des groupes marginalisés ne maîtrisent pas la grande culture qui assure le développement du centre plus avancé, jugent de leur intérêt de réclamer l’indépendance de leur groupe et sa reconnaissance en nation.

*la construction d’un Etat- nation à partir de communautés culturelles appartenant à la même haute culture. Les nationalistes réclament qu’une organisation politique centrale unique corresponde à l’entité culturelle existante.

Les pays représentatifs : Allemagne et Italie.

C’est la nécessité d’organiser et de maintenir la haute culture, condition du développement économique, qui conduit les intellectuels à réclamer que coïncident unité culturelle et organisation politique.

*Les nationalismes diasporiques : dans les sociétés préindustrielles ou « agraires », les minorités ou groupes de parias exerçaient des fonctions financières, commerciales et administratives. Dans la société moderne, où tous sont devenus capables d’occuper toutes les professions, ils perdent leur rôle de monopole et du coup la protection dont ils bénéficiaient. Ils n’ont plus de choix qu’entre l’assimilation ou la création de leur propre Etat.

 

   Dans tous les cas, les revendications nationalistes sont produites par les exigences de l’éducation qu’impose le développement continu de l’économie. La nation offre la meilleure solution aux problèmes que soulève l’organisation d’une société qui se donne pour ambition le progrès économique sans fin.

 

 


[1] Sociétés dont E.Gellner est un fin connaisseur.

[2] Allusion à la thèse de Durkheim dans les Formes élémentaires de la vie religieuse.

Par abir.krefa.over-blog.com - Publié dans : Fiches diverses
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